Distance totale : 295 km. Dénivelé positif : 26349 m.

Le trek des trois passes, c’est un itinéraire au Népal à cheval sur plusieurs vallées qui franchit trois cols à 5500m : Kongma La, Cho La, Renjo La. Avec des vues fantastiques sur des géants tels que l’Everest, le Makalu ou le Lhotse, cet itinéraire de haute altitude récompensera vos efforts. Dans ce compte-rendu, je vous donne ma version du trek tel que je l’ai parcouru. J’espère qu’il vous donnera envie d’y aller à votre tour !

Sommaire

Quelques conseils pour le trek des trois passes

Un avertissement : cet article sur le trek des trois passes est un récit de voyage et en aucun cas un guide, ne prenez pas mon itinéraire et mes étapes au pied de la lettre ! Je peux toutefois vous donner quelques brefs conseils. Si vous souhaitez plus de renseignements pratiques vous pouvez par exemple consulter les pages dont je me suis personnellement servi: romlands, halfwayanywhere, nomadjoseph, triptins. Sur place, je me suis beaucoup appuyé sur l’excellent livre de Cicerone.

Pourquoi le trek des trois passes ?

Je suis un inconditionnel des Alpes, et je reste convaincu que les randonnées les plus belles et les plus sauvages que j’ai faites sont dans ces montagnes. Jetez donc un coup d’oeil à ma section grand itinéraires ! Si vous souhaitez découvrir la montagne, je vous encourage à explorer d’abord les Alpes. En plus, c’est meilleur pour l’empreinte carbone. Cependant, si comme moi vous commencez à avoir parcouru les Alpes en long, en large et en travers, alors l’Himalaya devient intéressant. Les paysages, les Népalais, la faune et la flore, et surtout la très haute montagne avec ses sommets mythiques : un monde les sépare des Alpes. Question photographie, l’air est d’une pureté sensationnelle. J’en profite pour faire un peu de pub pour ma section des photos du Népal !

Quand partir ?

Deux périodes sont idéales : au printemps en mars-avril, et en automne en octobre-novembre. Toute la saison estivale est difficilement praticable en raison de la mousson (qui tend à déborder sur le début du mois d’octobre désormais avec le changement climatique). Le temps est généralement meilleur en automne, mais il y a beaucoup de fleurs au printemps

Comment y aller ?

Il faut d’abord se rendre à Kathmandu. Puis plusieurs solutions s’offrent à vous : avion pour l’aéroport de Lukla (ce que font la majorité des trekkers, car c’est plus court) ou bus/jeep pour Jiri ou Salleri (prévoir une journée complète de voyage). C’est cette deuxième option que j’ai choisie, en allant à Phaplu à côté de Salleri. On peut réserver facilement un trajet du jour au lendemain à Kathmandu, par exemple à l’endroit où vous logez. A noter qu’une route est en construction jusqu’à Kharikhola, peut-être sera-t’il possible d’aller en jeep jusque-là dans le futur (on m’a informé que c’était déjà possible, mais que la route était tellement détruite que ce n’est vraiment pas une option recommandable).

C’est difficile ?

La plus grande difficulté sur le trek des trois passes est de randonner à haute altitude, les chemins étant faciles à suivre. Pour s’y préparer, il faut s’acclimater : à partir de 2500/3000m, dormir chaque jour (en théorie) seulement 300m au-dessus de la nuit précédente. En pratique, il faut surtout surveiller sa forme physique et aller plus ou moins vite en fonction de cela. En lisant mon récit, vous verrez que j’ai essayé d’aller un peu trop vite, ne faites pas comme moi ;). Si le moindre symptôme de mal de l’altitude se manifeste, redescendre immédiatement.

C’est dangereux de partir seul ?

À Kathmandu, de nombreux Népalais essayeront de vous convaincre qu’il vous faut un guide. Parfois en mentant, j’en ai vu un me dire qu’il fallait du matériel d’alpinisme et des cordes pour faire le trek des trois passes, c’est parfaitement faux. Pour peu qu’on soit un bon randonneur autonome, je pense qu’un guide n’est vraiment pas indispensable voire pas utile. Ma philosophie est plutôt de découvrir les choses par moi-même et je n’aurais pas apprécié la randonnée de la même manière avec un guide. Le chemin étant très parcouru, si vous avez le moindre problème vous pouvez toujours demander de l’aide (je pense que je n’ai jamais passé une heure sans voir quelqu’un). A vous de voir ce qui vous convient le mieux.

Il faut du matériel de fou ?

Quand on randonne sur le trek des trois passes on voit des gens habillés de pied en cap d’Arcteryx… Je suis parti avec ma bonne vieille doudoune Decathlon et un sac de couchage 15 degrés. Comme on trouve des hébergements à chaque heure de marche et qu’ils proposent tous des chambres avec couverture bien chaude, un sac de couchage plus lourd ne m’aurait servi à rien. Le seul composant un peu « technique » qui est utile sont des mini-crampons pour passer le petit glacier facile avant le Cho La pass. On peut les acheter à la boutique Kalapatthar à Kathmandu (demandez où c’est, elle est bien cachée mais vaut le détour). Un autre composant utile est un filtre à eau, qui vous permettra de boire l’eau du robinet sans tomber malade. J’ai personnellement acheté le Sawyer Squeeze.

Quand est-ce qu’on mange ?

Il y a des hébergements très régulièrement le long du chemin. La cuisine est presque toujours maison, cela prend par conséquent un peu de temps mais l’attente est largement récompensée. Dans les indispensables, il y a le Dahl Bat : riz, légumes grillés/bouillis et soupe de lentilles. Il n’y en a pas deux pareil et on a toujours droit à une seconde portion ! Pour le midi, j’ai souvent pris le Sherpa Stew, une bonne soupe avec plein de légumes et des pâtes.

Je vous invite à vous référer aux liens que j’ai donnés si vous avez plus de questions sur l’organisation du voyage. Vous pouvez aussi me contacter par le formulaire de contact présent sur la page d’accueil et je vous répondrai avec plaisir. Place au récit !

Le trek des trois passes. Partie un : la moyenne montagne, en allant à Namche Bazaar.

Premier jour. Mauvaises impressions à Kathmandu.

Arrivée à la capitale

Je prends un vol passant part Dubai puis Kathmandu. On peut admirer la puissance du pétrole à Dubai et ses fontaines en plein désert. Première vue de l’Himalaya en avion : on se dit « wow, voilà donc l’Everest », et puis on découvre cinq minutes plus tard qu’il y a toute une rangée de sommets encore plus haut à quelque distance, et encore une et encore une… C’est infini et immense…

Le visa est fait en 10 minutes et 54 euros. Assailli par les taxis à la sortie de l’aéroport, je réussis quand même à me faire indiquer l’arrêt de bus. Une vache sympathique me lèche le sac à dos pendant que j’attends. Je ne comprends rien à ce qui se passe : des dizaines de bus passent, le portier crie quelque chose et si personne ne fait signe le bus repart aussi sec. Comme je n’arrive pas à comprendre quel bus je dois prendre, je monte sur un scooter qui m’emmène à Thamel pour 150 roupies. Sans casque évidemment. Le code de la route est inexistant ou incompréhensible. La pollution de l’air me fait pleurer sur le scooter.

Sollicitations diverses

A Thamel, je suis assailli de toutes part par des gens voulant me vendre une chose ou l’autre. C’est beau mais pas moyen de rester tranquille 5 minutes. J’achète un joli tableau 3000 roupies. On m’explique maintes fois le principe des mantras et on me montre tous les temples de la ville. « Good karma, we must give for anything received ». Cela n’empêche pas l’autre de me demander 4000 roupies quand je lui en donne 500 pour la visite guidée qu’il m’a fait… La boutique Kalapatthar vaut le détour : on se fraie un chemin dans une cohue compacte pour trouver un type qui trône sur une pile de matériel de trekking et qui négocie à qui mieux mieux… Petits crampons achetés 700 roupies. Pas de bus pour Phaplu malheureusement, tout le monde me dit qu’il n’existe plus. Je loue une jeep à l’auberge de jeunesse pour 2800 roupies.

Deuxième jour. De l’utilité d’une jeep.

  + 700 m / – 500 m       11 km

Lever aux aurores

Départ en jeep à 4h30 avec une australienne, une canadienne, deux Népalais et un couple de français. En route pour le trek des trois passes ! Au cours du voyage, je découvre :

  • Pourquoi il n’y a que les jeeps qui vont jusqu’à Phaplu, et pas les bus
  • Qu’il y a des rivières avec un lit tellement large que ça fout les jetons
  • Qu’il ne faut même pas essayer les plats « légèrement épicés »
  • Qu’il y a des français ayant passé leur vie à voyager aux quatre coins du monde, qui vont pour la cinquième fois dans l’Himalaya sur le trek des trois passes, mais qui ne savent même pas ce que sont les Appenins et vont rarement dans les Alpes
  • Qu’on peut tenir à quatre sur une banquette arrière sans problème
  • Que les musiques népalaises peuvent être très très (très) répétitives

Premières impressions

La première vue sur l’Himalaya est incroyable, les sommets semblent planer dans le ciel tellement ils sont hauts. Je laisse mes compagnons de jeep à Phaplu et je marche un peu le soir pour atteindre Ringmu. Le dépaysement commence et je me dis que vraiment ce trek des trois passes sera un voyage extraordinaire : paysage de carte postale, népalais sur les sentiers avec de gros paniers sur le dos, soleil couchant sur des montagnes que je prends naïvement pour des 8000 mais qui ne sont « que » des 6000-7000…

Je m’arrête dans la première auberge trouvée à Ringmu à la nuit tombée, ce sera mon arrêt le plus « authentique » du voyage : on me loge avec le grand-père dans une arrière-salle où l’on fait cailler le lait. Je discute avec deux népalais qui se sont aussi arrêtés là. Eux aussi, ils partent en trekking, j’avais bêtement pensé que c’était une activité réservée aux riches touristes étrangers comme moi qui ont du temps à perdre ! Le Dahl Bat est en quantité plus que suffisante, avec des rondelles de carottes fraîchement cueillies du jardin qui sont très goûteuses. Je paye 1000 NPR le repas et la nuit. Sur le moment j’ai l’impression de me faire arnaquer (les deux népalais n’ont même pas eu l’air de payer), mais en fait ce sera ma facture la plus légère du parcours.

Troisième jour. Une vallée idyllique.

  + 1650 m / – 1800 m       19 km

Le silence est d’or

Stupa au-dessus de Ringmu, sur le trek des trois passes

Départ à 7h, air frais, il a gelé. Surtout c’est le silence qui frappe ! Pas de bruit de moteur ou d’avion comme il y en a toujours dans les Alpes… Le ciel est d’une pureté incroyable, les glaciers resplendissent. Passage d’un « petit » col à 3000m. Descente superbe de village en village, la végétation devient tropicale, j’arrive dans ce que je prends pour des rizières (en fait j’apprendrai plus tard que c’est du millet qu’ils font pousser ici). Je prends des chapatis car je pense que c’est un pain d’accompagnement. En fait ils sont sucrés, mais la farine a un goût ! Qui a disparu depuis bien longtemps chez nous avec nos farines trop tamisées. J’essaie aussi le Sherpa stew, cette soupe de légumes (carottes pomme de terre chou…) et de pâtes est un must, cela deviendra mon menu du midi favori.

Ambiance tropicale

Je traverse le premier pont suspendu, il est tout en métal, bien loin de l’idée naïve des ponts de corde branlants. La remontée dans la chaleur est difficile… Mais c’est superbe, l’ambiance me rappelle Hawaii. Il y a des tas de plantes que je ne connais pas du tout. Je ne vois quasiment que des népalais sur les sentiers, presque pas d’étrangers. Les enfants sont curieux et mignons. Les vallées sont immenses, l’œil a du mal à en prendre la mesure, mais les pieds si. C’est idyllique, on dirait qu’il fait bon vivre dans ces maisons colorées, tout le monde a le sourire. Les jardins des maisons sont de véritables joyaux, entretenus au millimètre et très fleuris. Je ne m’attendais pas à cet aspect « belle vie à la montagne » !

Vue sur Nunthala et le Kusum Kangguru
Linge, panier et Kusum Kanguru

Je passe un petit monastère à un col : il faut tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Le village de Kharikhola est très animé, pour la première fois je croise beaucoup d’étrangers. Un bazar vend des casseroles et diverses affaires de cuisine… Je continue jusqu’au hameau de Kanre où je m’arrête dans la seule lodge ouverte. Cela fait un peu plus « hôtel » que précédemment : j’ai une pièce de 2 lits pour moi tout seul. En fait c’est la norme sur le parcours du trek des trois passes, je ne m’y attendais pas, je pensais loger en dortoir. Mais je suis seul ce soir. Le village est très calme, pas un bruit. Je mange du riz frit avec fromage (bof) et une omelette (miam). Et le sempiternel chai…

Quatrième jour. Arrivée sur l’autoroute.

  + 1700 m / – 1550 m       23 km

Rencontre avec les porteurs

Je me lève à 7h15, j’ai trop dormi ! Montée au frais dans une belle forêt. Je longe une route qui n’est ni marquée sur la carte ni indiquée dans le guide du trek des trois passes, elle doit être toute neuve. Je croise les premiers porteurs plus loin : quelle masse de bagages ! On entend une poule au milieu, mais on ne la voit pas… Plus loin des ânes, que je croiserai en quantité tout le long de la journée. Les sabots, cela glisse sur la roche humide. Les sherpas les « encouragent » avec un bâton, parfois un peu violemment. Ils sont également très doués pour le lancer de pierres sur la croupe d’un animal récalcitrant et hors de portée du bâton.

La file des ânes sur le chemin de Paiya

Un Dahl Bat de compétition

Dreamland Lodge

Le trafic sur la route est multiplié par 100 le matin, par 1000 l’après-midi après le croisement pour Lukla. Cela monte et descend tout le temps, c’est fatiguant. Les gamins marchent à une vitesse… Pour le repas du midi, je m’arrête dans un restaurant où une mamy est toute seule à faire le service. Cela tombe bien, je suis le seul client. La mamy part cueillir des herbes et légumes frais, met 30 minutes à préparer le Dahl bat, c’est excellent. Puis elle s’asseoit et se regarde tranquillement des vidéos Youtube… Choc des cultures. Les népalais marchent sur les sentiers téléphone à la main, pour écouter des chansons ou pour passer des appels tout en guidant leurs ânes ou yaks.

Les villages après Lukla sont véritablement blindés de touristes en route pour le camp de base de l’Everest, je continue jusqu’à Bangkar. On me fait payer un obscur droit d’entrée 2000 NPR. Lodge sympathique (poêle allumé pour la première fois, et ça fait du bien !), vue délirante sur un pic qui doit être le Kusum Kangguru. Je ne suis pas le seul étranger pour la première fois, il y a aussi une argentine qui veut faire le Kalapatthar et le trek des trois passes. J’essaie les Momo, sorte de raviole nationale du Népal : c’est excellent, mais trop peu.

Mani à Thadokosi

Cinquième jour. Arrivée en haute altitude.

  + 1800 m / – 900 m       16 km

Touristes et porteurs

Pont suspendu sur le Dudh Koshi, sur le trek des trois passes

J’essaie le petit déjeuner (pancake + tsampa porridge, qui est fait avec une farine locale), ça remplit bien mais je pars après 8h. Départ au milieu des champs, on est encore dans des villages bien habités. Le chemin est vide au début mais se peuple progressivement. Que de porteurs avec des sacs énormes suivis de touristes avec une ceinture-banane… Cela me fait mal au cœur, j’aimerais bien les voir porter leur matériel, ils prendraient moins de choses inutiles. D’autres porteurs transportent des marchandises pour les refuges du trek des trois passes, l’un d’entre eux nous dit qu’il porte 90kg, c’est juste inimaginable. Ils ont un système ingénieux pour porter qui repose sur la tête, cela doit permettre de bien répartir le poids sur la colonne vertébrale.

J’entre dans le parc national de Sargamatha, 3000NPR. Cela devient beaucoup plus sauvage : je parcours une belle vallée remplie de pins avec un gros torrent qui crache bien. Je traverse quelques ponts suspendus impressionnants. J’ai bêtement oublié la clé de mon hôtel de Kathmandu dans ma poche, je la refile à un Néerlandais pour qu’il la ramène là-bas (en fait il ne le fera jamais, je me retrouverai à payer une réparation pour le pauvre type de l’hotel qui n’avait pas fait de double). La montée est très belle au milieu des pins, mais il y a beaucoup de trafic. Je passe le checkpoint pour le permis du parc national, le type a l’air de débarquer, il prend 15 minutes pour passer une carte sur un lecteur.

Stupa, Namche et Thamserku

Namche Bazaar

Statue de Tenzing Norgay devant l'Everest, sur le trek des trois passes

J’arrive à Namche Bazaar, bizarrement la ville est vide, je dois être en avance sur la vague de touristes. Les vendeurs du bazar sont désoeuvrés. J’aime beaucoup l’ambiance de cette cité qui se dresse fièrement face aux montagnes, drapeaux flottant au vent… L’altitude se fait sentir et la ville est pleine d’escaliers… Mais quel panorama ! C’est la première fois que j’ai une vue sur pas mal de sommets à la fois. Repas dans un resto très confortable. Puis je vais jusqu’au point de vue de l’Everest, avec la statue de Tenzing Norgay, et là… Fantastique. J’en ai les larmes aux yeux. Le plus impressionnant est l’Ama Dablam : le Cervin peut aller se rhabiller, à côté.

Je continue sur un gros chemin très facile et panoramique, en sautant l’arrêt recommandé pour l’acclimatation à Namche puisque je suis en forme. A Senasa, je décide de continuer jusqu’à Phortse puisque les jambes fonctionnent toujours et je ne ressens pas trop les effets de l’altitude. Je ne passerai donc pas par Pangboche qui est le sentier « classique » du trek des trois passes, mais par le chemin juste en face. La journée du lendemain me prouvera que j’ai fait le bon choix.

Champs en terrasse et Thamserku vers Sanasa, sur le trek des trois passes

Lumières du soir

Thamserku au lever de lune

Après 15h, il n’y a plus personne sur les sentiers : que les gens sont bêtes ! À cette heure les lumières sont magnifiques et j’ai vue sensationnelle sur les sommets avec la lune. La végétation devient d’altitude. Je passe un autre « petit » col à 4000m. Dans la descente, je croise le bouquetin local (ou tahr de l’Himalaya) : le mâle est énorme, c’est impressionnant. Je m’arrête à Phortse Tanga car l’endroit m’inspire : petite cabane qui fume au milieu des pins, non loin d’un torrent qui s’engage dans des gorges en rugissant. La végétation semble hivernale pour la première fois, les arbres en face Nord n’ont plus de feuilles. Bon Dahl bat qu’on me ressert en abondance évidemment, salle très cozy et bien chauffée, c’est rare.

Thamserku et Kangtega au lever de lune

Le trek des trois passes. Partie deux : autour de l’Ama Dablam.

Sixième jour. De l’utilité de l’acclimatation.

  + 1650 m / – 1250 m       13 km

Rencontre avec la faune locale

Départ à 7h avec un bon pancake dans le ventre. Il fait bien froid, le sol est complètement gelé. Dans la montée, je croise un petit ongulé tacheté pas peureux, qui s’avère être un porte-musc de l’Himalaya. Puis c’est le festival : je vois l’ongulé une deuxième fois, des yaks et surtout le monal de l’Himalaya, le magnifique oiseau emblématique du Népal ! Il est bleu vif, c’est tellement beau. (Question : un monal, des monaux ?). Un moine passe en marmonnant des prières dans le silence de l’air gelé. Le village de Phortse est très beau au soleil levant. Yaks qui courent dans les rues…

Porte-musc et monal sur le trek des trois passes
Tahr de l'Himalaya sur le trek des trois passes

Puis c’est une portion plus ou moins à flanc pour rejoindre Pangboche, très panoramique. Je recroise les tahrs. Il n’y a plus d’arbres, mais une végétation d’altitude seulement. Arrivé à Pangboche vers 10h30, je mange un Sherpa Stew dans la lodge en face du temple. L’ambiance n’est pas top, tous les népalais font mine de m’ignorer.

À vouloir aller trop vite…

Je prends une chambre et pars marcher en remontant le long du torrent pour voir jusqu’à quelle altitude je peux aller. Je me dis que ce sera un bon entrainement pour le trek des trois passes. J’atteins un drapeau, marcher se fait de plus en plus difficile, je n’atteindrai jamais le petit sommet prévu à 5200m… Je tombe sur un troupeau de tahrs tranquilles à 5000m, alors que j’arrive à peine à poser un pied devant l’autre. Au loin, un sherpa porte un énorme sac… incroyable.

Tahr de l'Himalaya devant le Taboche
Drapeaux devant le Taboche

Soudainement je deviens faible, j’ai la tête qui tourne, comme si j’allais m’évanouir. Je redescends immédiatement. Je respire fort et me sens mal, je ne peux plus bouger mes mains. Heureusement en 15 minutes je me retrouve bien plus bas et cela va mieux. Je ne pense pas que c’était le mal des montagnes, simplement un malaise dû au manque d’oxygène… Le plus surprenant est que cela est arrivé d’un coup, sans prévenir. J’ai voulu trop en faire : avec un peu plus d’acclimatation, cela ne se reproduira pas.

Je prends quelques belles photos au village le soir. Dans le refuge, le soir tombé, pas de lumières et pas de poêle allumé… Je me dis que cela va décidément être très spartiate, mais finalement à 5h45 tout s’arrange. le seul touriste, j’ai un peu l’impression d’être l’intrus dans la famille, c’est désagréable. Je reste jusqu’à 20h à les écouter discuter en m’ignorant, puis je vais me coucher.

Mont Kangtega le soir, sur le trek des trois passes
Panorama au-dessus de Pangboche

Septième jour. Le camp de base de l’Ama Dablam.

  + 1450 m / – 1150 m       18 km

Chemin vers l'Ama Dablam

Le matin à 7h il n’y a personne, alors que mes hôtes m’avaient dit préparer le petit déjeuner à 6h30… Cet endroit est décidément peu recommandable. Je pars en leur laissant l’argent sur la table. Petit déjeuner toast + omelette + pommes de terre dans le bas du village, très bon. Départ pour le camp de base de l’Ama Dablam : on traverse un torrent au lit impressionnant, puis on monte doucement dans ce qui ressemble à des alpages bucoliques. J’ai des vues magnifiques sur des tas de gros sommets dont j’ai du mal à retenir les noms. Je ne me lasse pas d’admirer l’Ama Dablam : je pense que c’est le plus beau pic que je connaisse. Il me fait penser au Cervin.

Expériences de haute altitude

J’arrive au camp de base après un petit ruisseau. C’est une véritable ville : il y a entre 100 et 200 tentes. De loin, on sent l’odeur de l’encens qu’ils doivent brûler là-bas. Je continue sur la crête pour atteindre un point de vue à 5000m. Respirer devient encore une fois très difficile, mais j’ai appris de mon expérience de la veille : je n’utilise mes muscles qu’à une fraction de leur capacité, il n’y a pas assez d’oxygène pour un effort soutenu. J’atteins les 5000m mais j’ai la tête qui tourne un peu. J’ai quand même le temps de prendre le panorama en photo avant de redescendre : c’est superbe, on est vraiment entouré de pics à plus de 6000m.

Le camp de base de l'Ama Dablam
Lodge devant le Taboche

La descente est rapide, je prends une soupe simple au refuge du camp de base et très bon gâteau. Il y a un chemin qui semble un raccourci pour Dingboche mais sur les conseils d’un guide je ne le prends pas : trop de cailloux qui tombent, me dit-il. Du coup je fais tout un aller-retour avec pas mal de dénivelé et je commence à maudire le guide en voyant depuis en face que le chemin a l’air tout à fait praticable. Mais plus loin je réalise qu’il avait raison : l’autre chemin doit soit traverser un gros torrent de glacier pas sympathique, soit passer une grosse moraine à l’air peu engageant. Je finis la journée en allant à Dingboche par un chemin plan-plan avec des vues à couper de souffle, surtout avec les couleurs incroyables de fin de journée.

Une lodge sympathique

À Dingboche, la lodge est de loin la plus confortable et la mieux chauffée que j’ai eue (première fois que je n’ai pas les pieds congelés dans la salle de séjour, et je tombe même le pull !). Ambiance très sympa, gens accueillants, par contre c’est blindé de monde. Il y a un crachoir au bout de la salle et les népalais s’en servent ! Le thé au citron est devenu ma boisson favorite, j’en prends un thermos complet. J’ai bien dû boire 4-5L d’eau aujourd’hui. Je ne ressens pas trop les 4300m d’altitude, une légère gène à respirer peut-être. Dans la salle, les gens commandent des spaghettis et des pizzas : WTF. Je joue aux cartes avec un groupe très sympathique et multiculturel (US-Brésil-Israel) qui est aussi sur le trek des trois passes. Le repas n’est pas très bon.

En arrivant à Dingboche le soir, sur le trek des trois passes

Huitième jour. Les effets de l’altitude.

  + 900 m / – 900 m       9 km

Une petite journée

Stupa et Taboche sur le trek des trois passes

Je démarre à 7h après un petit déjeuner vraiment pas très bon pour aller au Nangkartshang peak (5089m). Jolie montée au soleil levant. On a l’impression de s’élever dans l’espace, l’air est tellement clair… Près du sommet je retrouve cette sensation d’être comme un poisson hors de l’eau. J’essaie de respirer mais rien ne rentre. Je ne fais pas les derniers mètres, dommage, mais l’avertissement des fourmis dans les mains comme l’autre jour est suffisant. Je commence à m’inquiéter pour les 5500 du premier col du trek des trois passes, vu que je n’arrive même pas à dépasser les 5100. J’ai sans doute voulu aller trop vite dans mon acclimatation… Le trek des trois passes aura-t’il raison de moi ?

Je prends le repas à Dingboche dans un resto qui a surtout l’air de servir des népalais : ils me regardent avec un air bizarre quand je rentre. Le samoussa est trop épicé à mon goût et la soupe beaucoup trop salée. Je continue ensuite vers Chukhung. C’est joli mais je me sens tout à coup très fatigué et le soleil cogne, comme s’il voulait m’ouvrir le crâne… Je décide de faire demi-tour et de dormir à Dingboche, c’est plus prudent.

Chorten et Lhotse sur le trek des trois passes

Au Yak Hostel de Dingboche, je passe l’après-midi sous la couette, je suis vraiment épuisé, cela doit être l’effet de l’altitude même si je n’ai pas fait grand-chose dans la journée. Dans la salle commune, je rencontre un népalais qui adore la France et un colombien qui marche au même rythme que moi (5 jours pour arriver à Dingboche). Il veut tenter l’Island Peak. Le repas n’est pas bon et cher : c’est une constante à Dingboche !

Neuvième jour. Le Chukhung Ri.

  + 1000 m / – 600 m       9 km

Sur le chemin du Chukung Ri

Petit déjeuner de chapatis avec du beurre… Rance ! Je refais le chemin vers Chukhung au petit matin, cela va beaucoup mieux que la veille, je profite du paysage cette fois. Pancake au miel à Chukhung, c’est bien mieux ! Je pars pour le Chukhung Ri au milieu de quelques autres groupes de randonneurs. Le chemin est très facile, étonnamment sableux au départ. Je parviens à trouver un rythme régulier qui m’amène presque jusqu’au col à 5360m. Juste avant le col, j’ai encore cette sensation d’étouffement et les derniers mètres sont très difficiles… J’ai peur de manquer de m’évanouir encore une fois ! Mais le col est finalement atteint, le panorama est fantastique. Surtout le Lhotse qui domine complètement la scène. Je prends quelques photos/vidéos avec les randonneurs sympathiques qui sont montés avec moi, puis je redescends vite fait. Cela va tellement vite en sens inverse…

Panorama depuis le Chukhung Ri

Changement de programme

Repos bien mérité à la lodge. Le lendemain, je ne pense finalement pas faire le Kongma La (premier col du trek des trois passes) mais passer par la vallée : 5550m me paraissent inatteignables à moins de prendre un jour d’acclimatation en plus, et je n’ai pas envie de tourner en rond à Chukhung… En plus, je ne prends même pas tellement plaisir à aller si haut : la lumière est beaucoup trop crue, et l’impression de me traîner comme une limace m’est franchement désagréable. La haute montagne c’est sublime, mais je découvre que finalement (une fois n’est pas coutume) je préfère la moyenne montagne : ces premiers jours avant d’atteindre Namche étaient tellement dépaysants ! J’ai un jour en plus du fait de mon acclimatation sautée, j’ai plusieurs choix pour la suite des évènements :

Les couleurs sur le chemin du Chukung Ri, sur le trek des trois passes
  1. Rester un jour de plus à Chukhung pour faire le col (bof)
  2. Aller faire le Kala Patthar et prendre un bain de foule au milieu de tous les gens qui veulent voir l’Everest de près (bof bof)
  3. Passer un jour de plus en moyenne montagne vers Salleri (ouiii !)
L'Ama Dablam au soleil levant

Je choisis donc la troisième possibilité. Le soir, le repas n’est pas trop cher et plutôt bon à la lodge tout au bout du village.

Dixième jour. Le trek des trois passes se transforme en trek des deux passes.

  + 800 m / – 700 m       18 km

Bain de foule en allant vers l’Everest

Départ après un porridge à la cannelle plutôt bon. J’ai une vue fantastique sur l’Ama Dablam le matin. Je redescends à Dingboche puis je prends la route normale du camp de base de l’Everest. C’est l’horreur : je suis au milieu de files entières de randonneurs à l’infini. Du coup, je ne profite pas vraiment. Je prends un sherpa stew vraiment pas très bon au bas de la moraine du Khumbu. Je décide de faire un petit tour jusqu’à Lobuche avant d’aller à Dzongla, au pied du Cho La pass (deuxième col du trek des trois passes). Les vues sont relativement jolies mais elles ne m’enchantent pas.

Porteur et chaîne du Rolwaling Himal

Retour vers une montagne moins peuplée

L'Ama Dablam sur le chemin de Dzongla

Tout change quand je quitte le chemin du camp de base de l’Everest pour aller vers Dzongla : je profite de vues superbes sur la vallée de Dingboche et l’Ama Dablam en arrière-plan. Après un tournant, d’un coup s’offre une vue inoubliable sur les plus de 1000m de paroi verticale du Cholatse et le lac glaciaire à son pied. C’est génial, il n’y a plus personne, et la montagne est aussi plus verte, moins caillouteuse. La lumière est incroyablement crue, le soleil aveugle et l’ombre est d’un noir d’encre. J’ai racheté des lunettes de soleil car les miennes ont cassé, je ne pourrais pas survivre sans. Le soir un peu de brume se lève, c’est sublime avec ce soleil si intense, un monde en noir et blanc.

Je finis par une petite remontée qui fait mal en fin de journée à 4800m avant le refuge. Je rencontre un indien incollable sur le trekking (il gère un site de treks !) et un allemand très sympathique. Ce dernier a voyagé vraiment partout autour du monde pour son travail, c’est fou ! Le refuge est très cher par contre, 850NPR le Dahl Bat.

L'Ama Dablam sur le chemin de Dzongla 3
Le haut Khumbu et l'Ama Dablam, sur le trek des trois passes

Le trek des trois passes. Partie trois : Gokyo.

Onzième jour. Le glacier Ngozumpa.

  + 800 m / – 900 m       12 km

Le Cho La pass et son glacier

Cholatse au matin, sur le trek des trois passes

Départ à 6h30, il y a un soleil levant incroyable sur le Cholatse. L’eau a gelé dans mes gourdes la nuit, heureusement que les couvertures sont épaisses. Je passe quelques vallées aux airs alpins puis la dure montée commence. Je manque toujours de souffle, les gens me rattrapent. Le paysage devient très minéral. On arrive au pied du glacier qu’il faut traverser, je suis content d’avoir mes mini-crampons, le début est raide sur de la glace. Finalement, c’est presque plus facile sur le glacier car je peux avoir un rythme régulier.

La moraine

Arrivé au deuxième col du trek des trois passes, il y a plein de monde et la vue n’est pas extraordinaire malheureusement… Mais j’ai quand même bien aimé cette montée. La descente est d’abord raide puis c’est un long passage sans intérêt dans des herbages. Soupe de légume pas très bonne à Dragnag. Puis c’est la traversée du glacier Ngozumpa et là c’est tout bonnement le section la plus impressionnante de tout le parcours du trek des trois passes : c’est une immense rivière de cailloux, un véritable labyrinthe où se terrent des lacs dissimulés derrière des montagnes de pierres. Des cailloux tombent en permanence, au fur et à mesure que la glace fond. Et tout cela vient du Cho Oyu, qui est tellement loin à l’horizon…

Le Cho Oyu et sa moraine
Panorama de la moraine du Cho Oyu, sur le trek des trois passes

Arrivée sur Gokyo

Mountain View Lodge, sur le trek des trois passes

Heureusement que le chemin est bien marqué et qu’il évite les endroits où les pierres roulent. Après cette longue et épuisante traversée de moraine, j’arrive à Gokyo. On ne m’a pas menti : c’est l’un des plus beaux endroits du parcours. Le lac est d’une couleur… Je loge dans un bâtiment « fancy » à plusieurs étages, la chambre est à 200 NPR seulement. Mais je comprend pourquoi en voyant le menu : le Dahl Bat est à 900NPR ! Mais celui-ci est excellent, et ils font aussi des desserts à tuer, notamment une brioche aux myrtilles qui envoie du lourd.

Douzième jour. Exploration de Gokyo.

  + 800 m / – 800 m       15 km

Je reste à Gokyo un jour de plus pour visiter le coin, en restant dans la même lodge car on y mange très bien malgré le prix elevé. Montée du Gokyo Ri le matin : je suis beaucoup moins essoufflé qu’avant,  c’est dingue, maintenant j’arrive à maintenir un meilleur rythme en montée. Au sommet, c’est le panorama le plus sublime du parcours du trek des trois passes. Cho Oyu, Everest, Lhotse, Makalu, l’immense moraine et le lac, sans compter d’innombrables autres sommets : c’est fantastique. Mais il fait un froid de canard…

Gokyo depuis Gokyo Ri
Panorama depuis le Gokyo Ri
Promenade vers le Cho Oyu

Je redescends en moins d’une heure, mange un délicieux Sherpa stew, et pars pour visiter les lacs plus haut dans la vallée. C’est une randonnée assez tranquille qui suit la moraine, il n’y a presque personne. J’arrive au deuxième lac, la sensation de « paumitude » est totale, c’est vide et immense. Belles vues sur le Cho Oyu au retour. Le lendemain je passerai le Renjo La et c’en sera fini de mon séjour en altitude : il ne me restera plus qu’à redescendre jusqu’à Salleri et prendre la jeep ! Je dois dire que je ne serai pas mécontent de redescendre, marcher en altitude est bien plus fatiguant que ce à quoi je m’attendais. Du coup, mes étapes sont courtes (cela se voit bien sur le GPX !) et je ronge mon frein.

Gokyo le soir, sur le trek des trois passes

Treizième jour. Changement d’atmosphère.

  + 750 m / – 2050 m       23 km

Le Renjo La pass

Départ à 6h30 pour le troisième col du trek des trois passes. Il faisait moins froid dans les chambres à Gokyo qu’ailleurs pour la même altitude, le lac doit tempérer un peu le climat. Le début de montée est bien frais et peu à peu se dévoile un beau point de vue sur l’Everest. La deuxième partie de montée est plus raide et dure… Rien à faire, je ne prends pas plaisir à monter dans cet air raréfié avec l’impression que rien ne rentre dans mes poumons. Pas sûr que je revienne un jour à ces altitudes, ou alors il faudra que j’y passe beaucoup plus de temps pour m’acclimater.

Gokyo, brume et soleil levant

Adieu l’Everest…

Gokyo, moraine, Everest, Lhotse et Makalu, sur le trek des trois passes

Le Renjo La est finalement atteint, vue somptueuse sur Gokyo et les 8000m. C’est l’occasion de leur dire un dernier adieu… Descente rapide et agréable dans un paysage qui pourrait rappeler les Alpes, avec des lacs glacaires. Je mange un Sherpa stew au premier village croisé, puis descends progressivement dans cette immense vallée qui mène du Népal au Tibet. C’est incroyable : passé 14h, je ne croise vraiment aucun randonneur.

Retour vers des cieux plus cléments

Quelques nuages s’accumulent et je retrouve avec bonheur un ciel de plus basse altitude, plus humide et qui filtre mieux la lumière du soleil. Finie l’impression d’être dans l’espace ! De très belles lumières en fin d’après-midi. Je passe Thame, très beau village sur une terrasse entourée de torrents, puis une gorge impressionnante. C’est le soir et je trouve l’endroit juste superbe : un petite forêt de genévriers sur des pentes bien raides avec des sommets enneigés qui se laissent entrevoir de temps à autre dans la brume. C’est très calme, on entend quelques chants d’oiseaux. J’ai l’impression de revivre, décidément je préfère vraiment la moyenne à la haute montagne.

Monastère de Thametang
Maison et nuages à Thametang

Dans un village, un énorme « Whooof » me fait sursauter : c’est un monal qui est passé en volant juste au-dessus de ma tête ! J’en vois d’autres plus loin dans la forêt. Je finis par m’arrêter dans une guesthouse à Thamo, un peu avant Namche. C’est sans comparaison l’endroit le plus confortable de mon séjour : maison solide et bien isolée qui ne donne pas l’impression de vouloir s’effondrer à la première secousse, chambre et toilettes ultra-propres, électricité et eau courante, 3G. L’ambiance est sympa en plus, je discute avec des népalais qui trekkent aussi.

Le trek des trois passes. Partie quatre : de Namche à Jiri.

Quatorzième jour. Une soi-disant descente.

  + 850 m / – 1700 m       21 km

Namche le matin

Je pars avant que le soleil n’atteigne la guesthouse, il fait toujours froid, le sol est gelé. C’est très beau, j’admire un paysage de forêt entre des magnolias et des conifères. Pas de monal cette fois mais je pense en entendre au loin. Toute cette belle forêt moussue me revivifie. Puis brutalement j’arrive au-dessus de Namche : qu’elle est belle, cette ville accrochée dans son vallon d’altitude ! Je visite un temple et mange un roulé à la cannelle dans un café cozy pour touristes (les prix vont avec). Puis c’est la raide descente après Namche, et enfin il faut suivre dans l’autre sens tout l’itinéraire que j’ai déjà fait dans cette immense vallée.

Namche au petit matin, sur le trek des trois passes

La grand-mère de Chaurikharka

Entrée du parc de Sarghamata, sur le trek des trois passes

Je pensais naïvement que j’aurais une journée facile en descente. Toutefois j’avais oublié que cette partie de l’itinéraire n’était qu’une succession de montées et descentes ! Je me pose quelques instants pour manger une goyave et une poire. J’avais oublié comme les fruits peuvent être bons… La journée se fait longue et j’ai un petit rhume qui n’arrange pas les choses : je suis épuisé. Je décide de m’arrêter assez tôt chez la grand-mère où j’avais mangé le meilleur Dahl bat du parcours à l’aller. C’est vraiment authentique : la grand-mère parle 3 mots d’anglais, elle rit un peu tout le temps, je l’aide à mettre les couvertures puis je la regarde s’occuper du lait frais de la traite. De ma chambre, je l’entends chantonner des mantras bouddhistes. De manière surprenante je ne suis pas seul, une trekkeuse mongole s’est arrêtée. Dahl Bat toujours aussi bon, avec de la coriandre.

Le Dudh Koshi

Quinzième jour. Des Momos de compétition.

  + 1300 m / – 1850 m       17 km

Rhume peu plaisant

Départ après un très bon pancake et quelques photos avec la grand-mère. En plus le tout ne me coûte que 1200NPR, un cadeau. Le sentier descend facilement tout d’abord mais ensuite il y a une grosse remontée de 500m que je n’attendais pas (descendre la vallée, tu parles !). Mon rhume bat son plein et je me traîne comme une limace en mouchant toutes les 5 minutes. Enfin arrivé au soleil, je m’arrête un long moment sans penser à rien. Puis je m’arrête encore une fois peu de temps après dans un petit resto. Très bon choix : cela prend une heure de préparer ma commande, mais qu’est-ce que c’est bon ! Pommes de terre sautées avec un œuf au plat, une tuerie, puis les Momos tout fraîchement confectionnés, à tomber. La pâte elle-même a un goût de farine assez fort que je ne retrouverai nulle part ailleurs.

Ânes à Paiya, sur le trek des trois passes

L’après-midi commence par une section de sentier pas évidente, à l’ombre et constituée uniquement de pierres glissantes de boue et de caca d’âne… Je croise des caravanes d’ânes à n’en plus finir. C’est un soulagement que de descendre finalement vers le joli village de Kharikola. Je retrouve avec plaisir la verdure, les fleurs, les cultures en terrasse, les jardins tenus au cordeau et les belles maisons : que c’est agréable à l’œil !

Un anglais voyageur

Je m’arrête dans une lodge très belle et confortable au village, il y a même l’électricité dans la chambre. Je prends une douche chaude car pour la première fois du parcours on ne se les caille pas trop le soir, quel luxe ! Cela ne m’empêche pas d’apprécier mon thé citron gingembre.

Le Dahl Bat est correct et je discute avec un anglais sympathique, encore un voyageur au long cours. Il me fait découvrir l’alcool local, fait avec du millet et servi chaud : ça monte vite à la tête et ce n’est pas fameux… Il refait ce parcours pour la n-ième fois, j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi tant de gens s’obstinent à retourner encore et encore sur cette randonnée. D’accord elle est très belle, mais le monde est si grand… Pourquoi ne pas partir explorer d’autres endroits moins connus au Népal plutôt ? Si jamais je reviens dans ce pays ce sera mon objectif.

Seizième jour. De l’avance sur le programme.

  + 2400 m / – 1800 m       23 km

Montée directissime

Drapeaux à prières et sommet enneigé

Je commence par une descente au milieu de ce paysage qui est décidément mon préféré du parcours du trek des trois passes. En plus ici tous les gens ont le sourire, on dirait vraiment une vallée perdue et idyllique. Une fois franchi le Dudh Koshi au fond de la vallée, une remontée de 1500m m’attend et elle se fait longue sur la fin… Je m’arrête au premier restaurant de Taksindu, complètement épuisé. Double portion de patates grillées à l’œuf avec un petit chat sur les genoux. Les patates ne sont presque pas cuites, dommage. En sortant du restaurant je passe le col et reviens sur mes traces du tout début de la randonnée : c’est un moment qui me paraît tellement lointain…

Un endroit idyllique

J’ai 2 jours de plus sur mon programme et je me dis que j’ai le temps de continuer jusqu’à la prochaine ville, Jiri. Cela me fera plus de moyenne montagne, de fleurs, de bouffe délicieuse et pas chère, trop bien ! Je continue donc jusqu’à Phurteng. Il est 16h15, le soleil se couche, l’endroit a une vue superbe, est d’une tranquillité absolue, et un chat me fait de l’œil…

J’hésite fortement à m’arrêter à l’auberge locale, mais si je dois continuer jusqu’à Jiri je dois couvrir des kilomètres. Je décide donc de continuer jusqu’à Junbesi, que je rejoins dans la brume du soir à l’heure où tout devient gris. Très beau parcours dans de grandes prairies, pas mal d’animaux sur le chemin, notamment un daim local avec son derrière blanc. La lodge est en bois, on dirait un chalet savoyard. Je tombe sur deux francais qui font de la rando en moyenne montagne sans aller dans la vallée de l’Everest, j’ai presque envie de les embrasser ! Momo délicieux et petit-déjeuner aussi mais je paye tout cela un prix inconcevable pour cette portion du parcours, 2500NPR.

Soleil couchant à Phurteng, sur le trek des trois passes

Dix-septième jour. Retour vers la civilisation… et ses routes.

  + 1850 m / – 2300 m       24 km

Au-dessus de Junbesi, sur le trek des trois passes

Je commence par une montée de 900m vers le col. C’est champêtre et joli, mais moins dépaysant qu’auparavant : on pourrait se croire dans une vallée des Alpes, mis à part les maisons et les gens (d’accord, il y a aussi les rhododendrons). Puis la montée devient pénible car ils ont tracé une piste qui a totalement détruit le sentier. Tout cela me met de mauvaise humeur…

Un animal inconnu

A la descente cela s’arrange : même si le panorama n’est pas fou, le sentier redevient pour piétons uniquement et plus je descends et plus c’est joli. Je vois dans les arbres un animal qui ressemble à un écureuil énorme en noir et blanc. J’ai eu beau chercher sur Internet ce que cela peut bien être, je n’ai rien trouvé (si vous le savez n’hésitez pas à commenter en bas de l’article !). Pommes de terre sautées et omelette très bonnes, et on me sert un vrai thé citron (thé + citron), pas une de ces merdes Lipton comme j’en ai eu trop souvent sur la partie haute du parcours.

L'étrange animal noir et blanc

Kinja

Il fait plus chaud comme je descends encore 1000m et l’ambiance redevient tropicale. C’est très joli et vivant, il y a une école, les népalais sans dans les champs, tissent l’osier, s’occupent des vaches ou des chèvres. Kinja est vraiment un très joli village mais si je veux aller jusqu’à Jiri je dois encore une fois continuer. Ce qui était un chemin sur le guide est devenu une route : dommage. Au total, cette portion supplémentaire jusqu’à Jiri a beaucoup trop de routes et de pistes à mon goût. Et pas une seule des nombreuses personnes à qui j’ai demandé si le chemin jusqu’à Jiri valait le coup n’a pu me parler de ça…

Villages népalais le soir

Je laisse passer une Jeep et je le regrette, j’aurais dû faire du stop. A la fin, il y a quand même un panorama sacrément beau et de jolies cascades. Je me trompe de chemin (maintenant qu’on est plus près de la civilisation il y a des chemins partout et c’est facile de se perdre). Je me retrouve sur une autre piste et c’est très vivant le soir, il y a des écoliers de retour à la maison, des gens qui passent à pied ou en moto, tous les enfants me disent « Namasté ». Ce soir, j’ai vraiment encore plus l’impression de me sentir un étranger, tout le monde me regarde, sans doute parce que je suis le seul randonneur à cette heure-là.

Une lodge authentique

Je m’arrête dans une lodge à Bandhar décidément plus « authentique » que « touristique ». Ce sera Dahl Bat, dommage, j’aurais bien repris des Momos. Les népalais laissent toujours la porte ouverte, qu’est-ce qu’on se les caille ! En attendant le repas, j’aide la petite fille, qui ne doit pas avoir plus de 5 ans, à faire ses devoirs en anglais. Elle sait déjà parler quelques phrases, dans ce coin paumé au milieu de nulle part, c’est incroyable !

Le repas me prouve que c’est décidément un endroit authentique : le Dahl Bat est monstrueusement épicé, je le caractérise par un seul mot : SOUFFRANCE. TOUT est épicé, le dahl les légumes et même le putain de riz avec lequel j’essayais d’éteindre l’incendie au début sans comprendre pourquoi cela ne marchait pas.

Dix-huitième jour. Fin du trek des trois passes et arrivée à Jiri.

  + 1300 m / – 1500 m       16 km

Temple en fête à Bandar

Le petit déjeuner est constitué de pain tibétain et d’omelette, ce n’est pas très bon, cela sent très fort l’huile et ne croustille même pas. Tout était « authentique » dans cet endroit sauf le prix, 2000NPR ! Abusif pour cette section du trek des trois passes. C’était quand même amusant de dormir à l’étage avec toute la famille dans le même couloir (grands-parents et petits-enfants). En plus, le matin, on entend la musique lancinante et répétitive du temple à côté.

Dernier jour de marche, déjà ! Mais je ne ressasse pas trop mes pensées vu que je vis dans l’instant présent sur ce trek. Dans la vallée, un bus monte en même temps que moi et joue du klaxon comme d’un orgue, on l’entend à des kilomètres. Il fait chaud, j’enlève les jambes de mon pantalon pour la première fois depuis le début du parcours. Je passe un paisible village de col puis c’est une jolie descente jusqu’à Shivalaya. Le chemin est de moins en moins gros, la campagne plus habitée, il y a plus de routes/pistes. À l’école, tous les gamins me disent « Namasté ! » avec beaucoup d’enthousiasme.

Shivalaya et sa jolie vallée

J’achète 3 mandarines à Shivalaya (50NPR, c’est bien ce que je pensais, c’est carrément l’arnaque dans les lodges) et je continue. Très très jolie partie ensuite, le long d’un torrent, c’est habité de partout comme d’habitude. Les gens sourient, discutent beaucoup, me demandent d’où je viens et ce que j’ai fait. Un soi-disant journaliste prend quelques photos de moi avec mon adresse. Je redescend ensuite sur Jiri dans une campagne verte pleine de cerisiers en fleurs qui pourrait faire penser aux Vosges. A Jiri, je tombe sur la première route bétonnée du parcours.

Shivalaya

Impressions sur Jiri

Je m’arrête dans un hôtel d’un luxe inconcevable (salle de bain privative avec douche chaude), mange un excellent samoussa ainsi qu’un plat de Momos au bœuf à côté d’un français, c’est la première fois que je mange de la viande dans ce pays. Vu comme ils sont arrivés vite, ils devaient être préparés ou congelés mais ils sont quand même délicieux. Le français m’a prévenu : il n’y a rien à faire dans cette ville. Je ne l’avais pas cru mais après avoir tourné dans la rue principale, force est de constater qu’il avait raison. Il y a plein de bazars mais ils vendent seulement des objets pour les locaux : grands paniers, casseroles, sacs à dos pour les gamins… Pas grand-chose pour les touristes.

À la recherche d’un bus

Je vois des filles qui portent costume et cravate, sans doute pour l’école. Je demande les horaires de bus à plusieurs personnes et on me dit qu’il doit partir entre 6h et 8h, sans plus de précisions. Apparemment pas d’horaire fixe. Je regarde la place des bus et je comprends pourquoi : les gens se pressent dans des pickups qui partent Dieu sait où, à 10 dans le coffre et tellement sur la banquette arrière que la porte ne ferme plus.

Un gérant d’hôtel finit par me réserver un bus à 7h. Je m’achète des kiwis très acides qui me brûlent la langue et des cacahouètes. Je me fais renseigner sur un fruit bizarre que j’avais déjà vu pousser sur des arbres, apparemment c’est une sorte de tomate que l’on sert en pickles. Peut-être bien que je l’ai goûté la veille au soir dans ce plat trop épicé, cela avait un vague goût d’artichaut. Après un plat de Chowmein à tomber remplis de légumes frais, je dois me rendre à l’évidence : tout est fait maison aussi dans cet hôtel, et c’est simplement délicieux pour un prix dérisoire. Top !

Dix-neuvième et vingtième jours. Voyage de retour.

Le bus jusqu’à Kathmandu

Je petit-déjeune chez le type qui a réservé le bus : comme j’ai mal compris l’heure, je le tire du lit lui et sa femme à 6h30, les pauvres. Cela ne les empêche pas de me faire un pancake bien épais et délicieux. Je prends le bus vers 7h20, il est petit, on est une dizaine. Je suis impressionné par le fait qu’il y ait une route goudronnée au début, et qu’elle semble être en bon état. Sur le guide on peut lire qu’elle a été construite par un projet d’aide suisse.

Mais on retrouve bien vite ensuite ces bonnes vieilles pistes complètement défoncées. Le bus saute tellement que parfois je décolle de mon siège, heureusement que le plafond est haut. Au premier arrêt, j’achète des oranges et des bananes. Au lieu de comprendre 3 oranges, la vendeuse comprend 3 kg, j’en ai une quantité monstrueuse. Elles sont très bonnes mais très acides. Je discute dans le bus avec un ingénieur et un étudiant en physique des matériaux ! Cela passe bien le temps. La vue est jolie mais pas aussi belle qu’à l’aller. Arrivé à Kathmandu, je me fais avoir en payant 1200NPR la nuit dans un hôtel.

Kathmandu et son incroyable énergie

Je visite Kathmandu et là je tombe sous le charme. Autant la première journée dans cette ville ne m’avait pas tellement plu car tout le monde me tombait sur le râble pour me vendre une chose ou l’autre, autant une fois habitué à cet aspect je ne l’ai plus trop ressenti et j’ai adoré la ville. C’est tellement grouillant de vie et d’énergie que je ne sais plus où donner de la tête. Les rues minuscules sont encombrées de scooters et piétons en tous genre. Il y a des vendeurs de tout : bazars, épices, yaourts aux fruits secs, instruments de musique, chips (!)… Côte à côte on peut trouver des batteries de moto, des slips, de l’encens, des télévisions et encore tout un tas de choses que je n’arrive pas à identifier. Il y a des boutiques si petites que le vendeur est assis sur une chaise au milieu et peut tout atteindre en tendant les bras.

J’achète des tas de souvenirs et me fais sûrement bien arnaquer : écharpes, épices, thés, babioles diverses… Je mange des Momos dans un endroit qui ne fait que ça dans une grande marmite, 100NPR les 10 Momos. Trop épicé, bien sûr, et encore il s’agit de la version soft. Dessert : une sorte de pâte d’amandes aux épices, qui n’est vraiment pas dingue. Le lendemain rebelote, quelques courses en plus, je visite Durbar Square et ses multiples temples, et c’est déjà l’heure du retour. Je vis ma dernière mésaventure à l’aéroport de Dubai, où sans me méfier je change mes roupies restantes en euros et perd 30 euros dans l’affaire de taux de change peu avantageux. Mais quel voyage !

Conclusion : ma distribution des prix pour le trek des trois passes.

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Photagne

J'ai commencé la photographie en 2015 lors d'un voyage à Hawaii. Depuis lors, je me consacre à la photographie de paysages lors de mes nombreux treks en montagne.

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