Distance totale : 165 km. Dénivelé positif : 6828 m.

Un magnifique itinéraire à parcourir sur dix jours en été, faisant la part belle aux versants français et italiens des Alpes du côté de Bardonecchia. Comme d’habitude, je l’ai réalisé en compagnie d’un groupe d’amis en autonomie complète avec tente et matériel de bivouac. Si vous ne devez faire que quelques étapes, ne manquez pas le bivouac au sommet du Thabor : un moment inoubliable au coucher et au lever du soleil. Surtout parce qu’on se les pèle gravement, il faut bien dire ! Place au récit.

Sur les hauteurs de Termignon

  + 1150 m / – 50 m       7,5 km

Termignon au départ

Nous voici partis à trois en cette fin de mois d’août pour notre dose annuelle de bivouac en montagne. Le départ de la randonnée se fait depuis Termignon, facilement accessible depuis la vallée de Modane. Nous nous élevons rapidement en forêt grâce à un sentier efficace du point de vue dénivelé. Arrivés sur les alpages, déception : nous avions prévu de bivouaquer près d’un lac indiqué sur la carte mais celui-ci n’est qu’une flaque de boue ! Nous continuons le chemin pour finalement trouver un ruisseau à l’eau (plus) potable juste en-dessous du col que nous réservons pour le lendemain.

Le Petit Mont Cenis et le lac de Savine

  + 550 m / – 550 m       11 km

En montant vers le col de Sollières

Partis de bon matin comme il se doit, nous passons rapidement le col de Sollières et redescendons sur le refuge du Petit Mont Cenis. L’itinéraire est sympathique mais sans plus, toute la vallée du Petit Mont Cenis n’est qu’une immense prairie constellée d’entonnoirs créés par la dissolution du gypse. Nous passons rapidement notre chemin au refuge à cause de la foule et nous nous engageons dans la vallée du lac de Savine.

Au fond, le lac de Savine

Là, le parcours devient nettement plus joli avec de nombreux petits lacs d’altitude. On peut y trouver du triton alpestre en regardant bien. Sur la fin de journée, nous remontons le long vallon de Savine et arrivons au lac éponyme pour y planter la tente. Le temps se fait nuageux et froid, si bien que le plongeon dans le lac dont nous avions rêvé dans la chaleur de midi se fait désormais moins attrayant ! Nous sommes rejoints par un quatrième larron (parti de Paris le matin même) à l’heure du repas, constitué comme d’habitude de coquillettes à cuisson rapide. Entre ça et la polenta, on s’en lasse vite… Toutefois il y a peu de solutions aussi économiques pour le bivouac !

O sole mio

  + 200 m / – 800 m       12 km

Le jour suivant démarre sous une pluie battante et des nuages se traînant par terre. Nous essayons de replier le camp sans tout tremper avec un succès modéré. Nous partons ensuite pour le col Clapier, où nous passons en Italie. Ce col fait soit-disant partie d’une des routes probables d’Hannibal lorsqu’il franchit les Alpes pour conquérir Rome. Toutefois, à juger de la première partie de la descente, on peut émettre quelques réserves sur la question. Sous la pluie, il faut faire très attention car la roche est glissante et nous ne respirons par l’équilibre avec nos gros sacs.

Un temps humide

Nous nous réfugions au refuge Vaccarone pour un petit remontant. Le chocolat chaud est à l’italienne, très épais, bien que la frontière ne soit qu’à un kilomètre ! Après quoi il faut bien s’y remettre sous un temps toujours aussi peu clément. Arrivés près du Monte Clopacà, nous décidons de changer d’itinéraire et de descendre dans la vallée au lieu de nous obstiner à rester en altitude par un temps pareil. Nous descendons donc d’une traite jusqu’au refuge Levi Molinari.

Comme nous somme des ayatollah du bivouac, nous décidons malgré tout de dormir en tente près du refuge. Le plantage est… humide : toutes les affaires commencent à être trempées. Nous nous abritons dans la salle du refuge pour la soirée. Celle-ci est complètement déserte : c’est la fin de saison et il n’y a plus grand-monde de passage. D’ailleurs, les gardiens voulaient en profiter pour faire une virée en ville ! Ils nous laissent donc le refuge à surveiller ainsi qu’un accès libre à leurs cuisines. Très sympathique ma foi, surtout que leur gazinière chauffe plus efficacement que nos petits butagaz !

Bardonecchia sous la pluie

  + 700 m / – 1350 m       13 km

Le lendemain, rebelote : il pleut toujours autant et les sacs de couchage commencent à être mouillés, donc ils perdent leur pouvoir calorifique. Nous décidons donc de redescendre dans la vallée et de visiter Bardonecchia. Aussitôt dit, aussitôt fait : nous redescendons à Salbertrand en passant par quelques jolis hameaux accrochés à la pente, puis de là nous prenons le train pour Bardonecchia. Là, tous les plaisirs de la ville nous attendent à bras ouverts : nourriture en abondance, boissons, endroits secs où poser ses fesses.

Après ce passage urbain nous ayant bien remonté le moral, nous nous dirigeons vers un camping en-dehors de la ville. Cela nous fait faire un aller-retour mais nous ne sommes pas pressés car nous attendons que quelqu’un nous rejoigne à Bardonecchia à 11h le lendemain (le train ayant raccourci le voyage). Mais les prix du camping s’avèrent si catastrophique que nous décidons de bivouaquer un peu plus loin ! Faut pas pousser, un peu d’eau chaude ça ne vaut pas 15 euros par personne…

Faut bien s’y remettre, direction le Thabor

  + 1000 m / – 150 m       10,5 km

Le lendemain, grand soleil le matin ! Nous en profitons pour faire sécher toutes les affaires complètement trempées. Puis nous poireautons à Bardonecchia en attendant l’arrivée du larron supplémentaire. Une bonne grosse pizza à midi puis c’est reparti dans la montagne ! La montée l’estomac bien rempli est plus difficile que d’habitude.

Sur les hauteurs de Bardonecchia

Nous passons par de magnifiques prairies de colchiques (c’est la fin de l’été…) avant de nous élever rapidement par un petit raidillon au-dessus de la vallée. Nous plantons la tente non loin du ruisseau et profitons de notre dernière vue sur l’Italie. Le jour suivant, retour en France !

Le col de la Roue et le mont Thabor

  + 1600 m / – 450 m       14 km

Le lac rond au refuge du Thabor

Nous partons de bonne heure avec un temps magnifique qui fait bien plaisir après tous ces jours de pluie. Passage au col de la Roue qui nous ramène en France, puis direction le refuge du mont Thabor en passant par le col de la Replanette. Le paysage est magnifique, c’est un grand plateau à plus de 2000m qui s’ouvre à nous.

La chapelle du mont Thabor

Au refuge, nous piquons une tête dans le lac rond : l’eau est glaciale mais ça fait quand même plaisir ! Puis nous repartons chargés d’eau en abondance. En effet, le bivouac du soir est ambitieux : nous prévoyons de dormir à la chapelle du mont Thabor (3178m), accessible par un chemin de randonnée sans difficulté. Evidemment, pas d’eau au sommet donc il faut porter. Nous montons lentement en fin de journée : c’est qu’il y en a, du dénivelé, pour atteindre les 3178m du Thabor… La lumière du soir sur le paysage de plus en plus rocheux est superbe.

La crête du Thabor le soir

Nous arrivons finalement et nous nous installons dans la chapelle du Thabor. Heureusement qu’il y a cet abri : le vent souffle dehors et il fait un froid de canard. Nous admirons courageusement un magnifique coucher de soleil panoramique, puis rentrons vite nous réchauffer dans nos sacs de couchage. C’est assurément l’un des plus beaux moments de cette randonnée !

Les Méandes et les Muandes

  + 350 m / – 1100 m       8,5 km

Un bel endroit de bivouac

Le matin, après que les plus intrépides d’entre nous eurent admirés le lever du soleil, nous redescendons au pied du Thabor pour passer le col des Méandes. C’est un magnifique paysage de haute montagne qui nous attend le matin. Nous passons quelques lacs lisses comme des miroirs, puis attaquons le col des Muandes qui donne sur la vallée de Névache. La vue sur le Thabor est imprenable. Le sentier redescend ensuite le long d’une jolie vallée aux multiples lacs.

Notre bivouac du soir

Le soir, nous installons le camp près du dernier lac avant d’atteindre le refuge des Drayères. L’endroit forme un très beau lieu pour le bivouac. Quelques-uns d’entre-nous redescendent pour acheter des desserts au refuge. Mauvaise idée : le patron refuse de nous faire une réduction si nous achetons tout un gâteau au lieu de consommer à la part, et nous nous retrouvons donc à devoir payer un gâteau au chocolat… 40€ ! Un peu salé le gâteau quand même, et pourtant on n’est même pas en Bretagne.

Journée des lacs

  + 500 m / – 1100 m       15 km

Le Grand Lac (original !)

En redescendant le jour suivant, nous repassons au refuge des Drayères mais nous nous gardons bien d’acheter quelque chose. Mais le reste de la journée nous fait oublier cette mauvaise expérience. C’est tout simplement enchanteur, nous passons d’un lac à l’autre sans nous en lasser. Sauf peut-être en ce qui concerne les noms : au troisième lac rond, on commence à se dire qu’ils n’avaient pas beaucoup d’imagination dans le coin.

L'Alpe du Lauzet le soir

Nous pique-niquons près du lac de la Ponsonnière avec une belle vue sur la descente en piqué qui nous attend dans l’après-midi. Puis nous attaquons celle-ci dans une chaleur peu commune pour cette altitude. C’est la canicule dans le reste de la France. Bivouac à l’Alpe du Lauzet avec une vue magnifique sur la Meije. Le problème, c’est que nous n’avons presque plus rien à manger ! Heureusement un des petits chalets de l’Alpe nous sauve la mise : ils acceptent de nous vendre des crozets et du reblochon. Quel repas de roi, surtout lorsqu’on s’imagine manger des restes de croûtons de pain !

Grave dans les mémoires

  + 1000 m / – 300 m       10 km

Nous descendons au Pont de l’Alpe dans la fraîcheur du matin : pas de place pour la canicule nocturne en altitude. La dernière étape du parcours nécessite d’aller à la Grave, ainsi nous nous séparons en différents groupes pour faire du stop. Je réussis à égarer mon téléphone portable dans la voiture de mon aimable conducteur. Il me le renverra ensuite par la Poste (un immense merci à lui !).

Finalement arrivés à bon port à la Grave, nous nous fournissons en carburant (lacté de préférence) pour les deux prochains jours. Nous entamons la montée par les petits villages au-dessus de la Grave. Après une glace mémorable au Chazelet, nous montons la dure côte qui mène au plateau d’Emparis sous le soleil de l’après-midi.

Le lac Lérié et la vue sur le glacier de la Girose

Les abords du plateau le soir sont superbes : un paysage doucement vallonné suspendu à plus de deux mille mètres d’altitude, juste en face du glacier de la Girose. Nous bivouaquons au lac Lérié. Nous ne sommes pas seuls mais on comprend aisément pourquoi : le lac est à quelques dizaines de mètres seulement de la falaise qui surplombe la vallée. La vue sur le glacier est fantastique. Nous plantons la tente sur une étroite bande de terre entre le lac et la falaise. A coup sûr l’un de mes meilleurs bivouacs en montagne !

D’Emparis à Paris

  + 100 m / – 1500 m       13,5 km

Dernier paysage de montagne avant la redescente...

Déjà la dernière journée de ce parcours ! Nous traversons comme dans un rêve le plateau d’Emparis par une chaleur présente dès le matin. Aux chalets du Fay (ou au refuge des Mouterres, je ne me souviens plus très bien aujourd’hui), nous voyons une grand-mère faire les crozets… à la main ! Un travail de titan. Je regrette vraiment de ne pas être resté pour manger le repas du soir.

Passés ces chalets, le paysage est toujours beau mais moins enchanteur que sur le reste du plateau. Nous redescendons progressivement dans la vallée en passant par le refuge des Chatons, malheureusement fermé. Au temps pour la dernière tarte aux myrtilles ! Puis c’est une descente d’une traite en courant jusqu’à Singuigneret, le village situé sur un terrain qui menace de s’effondrer dans le lac du Chambon. Au barrage, nous reprenons contact avec la civilisation en montant dans le bus qui nous ramène à Grenoble. En ces temps-là, j’avais encore la malchance d’habiter à Paris, autant dire que je n’avais pas vraiment envie de rentrer…

N’hésitez pas à commenter si vous aussi vous avez parcouru des portions de cet itinéraire en randonnée itinérante ! Personnellement, je pense que les deux meilleures portions du voyage sont le mont Thabor et le plateau d’Emparis. D’ailleurs, j’y suis revenu récemment en hiver, allez donc faire un tour sur l’article correspondant !

Ce récit a été écrit plus de cinq ans après les faits, veuillez excuser toute inexactitude dans la description de l’itinéraire…


Photagne

J'ai commencé la photographie en 2015 lors d'un voyage à Hawaii. Depuis lors, je me consacre à la photographie de paysages lors de mes nombreux treks en montagne.

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